Le journal de Sylvian Coudène.
Humeurs, humours, musiques, cinéma, et autres libertés provisoires.
"La gravité est le plaisir des sots"
(Alexandre Vialatte)

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lundi 8 octobre 2012

Le fond de l'air m'effraie


Policiers ripoux à Marseille, démantèlement d'un réseau terroriste, violence scolaire, lynchage meurtrier, "déblatérations" valant bien néologisme de Jean-Marie François Copé, la période ne donne guère lieu aux exultations.



La rentrée, d'autres préoccupations, une activité plus soutenue, ont pour effet une mise en veilleuse de ce blog.
Il y a aussi quelque lassitude, le sachant assez peu suivi.
Il est vrai que cette gazette est "généraliste", les blogs les plus lus étant, sauf ceux rédigés par des célébrités, plus "spécialisés". En fait, je devrais en avoir plusieurs : l'un consacré au cinéma, l'autre à la musique, un troisième à l'humour, et ainsi de suite. Cela représenterait trop d'efforts pour qui, comme moi, n'est pas encore rangé des pianos.

Sergueï Rachmaninov
Il y a, à la morosité ambiante, quelques consolations : la perspective d'un prochain voyage italien (oui, encore, mais point seul !), la lecture (à un rythme beaucoup plus soutenu ces temps-ci), le temps partagé avec les amis, ou des bonheurs inespérés comme ce CD qui accompagne la dernière livraison de Diapason, revue à laquelle je suis abonné depuis fort longtemps. Ce sont des enregistrements dépoussiérés numériquement de Serge Rachmaninov lui-même, qui fut, certes, le compositeur que l'on sait, mais aussi un extraordinaire pianiste.
Les pièces qui composent le disque ont été enregistrées entre 1925 et 1942, et nombre d'entre elles laisse pantois : la 3è Ballade de Chopin, "interprétée" dans tous les sens du terme, des valses du même Chopin jouées sans les affèteries qui les accompagnent trop souvent, du Schumann (le Carnaval, pas moins !), du Bach, du Liszt, du Tchaïkovski, du Schubert et, cerise sur le gâteau, une très belle mélodie d'Orfeo et Euridice de Gluck arrangée pour le piano par Sgambati.
82 minutes pour oublier que rien ne va tout autour de nous.

Enfouis puis ressurgis de ma mémoire, ces vers :

" Tantôt, un livre en main, errant dans les prairies,
J’occupe ma raison d’utiles rêveries :
Tantôt, cherchant la fin d’un vers que je construis,
Je trouve au coin d’un bois le mot qui m’avait fui ;
Quelquefois, aux appas d’un hameçon perfide,
J’amorce en badinant le poisson trop avide ;
Ou d’un plomb qui suit l’œil, et part avec l’éclair,
Je vais faire la guerre aux habitants de l’air.
Une table au retour, propre et non magnifique,
Nous présente un repas agréable et rustique :
Là, sans s’assujettir aux dogmes du Broussain,
Tout ce qu’on boit est bon, tout ce qu’on mange est sain ;
La maison le fournit, la fermière l’ordonne,
Et mieux que Bergerat l’appétit l’assaisonne.
Ô fortuné séjour ! ô champs aimés des cieux !
Que, pour jamais foulant vos prés délicieux,
Ne puis-je ici fixer ma course vagabonde,
Et connu de vous seuls oublier tout le monde ! "

Boileau - Épitre au président Lamoignon



mardi 11 septembre 2012

Un peu de lecture

Un vague prédécesseur de Frédéric Beigbeder |  Par Jacques-Emile Blanche.
Relire -ou plutôt lire VRAIMENT- la "recherche" est un véritable parcours, au choix, initiatique, mystique, historique, et tant d'autres "iques"...
La manière proustienne est unique (un de plus !) : j'enfonce volontiers une porte ouverte, mais l'utilisation de la langue, l'art de la description, celui de la psychologie des personnages, l'acuité du regard impitoyable sur ses contemporains et les mœurs d'une époque, laissent pantois.
Lire Proust, ce n'est pas simple. On se surprend à revenir sur ses pas pour ne pas perdre le fil ou, mieux, pour savourer à nouveau tel ou tel passage qui nous a laissé béat d'admiration -de nos jours, on dirait "sur le cul" : voilà où l'on en est.
Lire Un amour de Swann quand on a des velléités littéraires est un supplice : à vous décourager d'écrire.
Heureusement, la vie réserve des bonheurs qui vous y encouragent.



Ainsi, à Rome, n'ayant rien emporté -mon Proust eût été un fardeau : on ne le lit pas "pour s'endormir"-, j'ai pioché dans le rayon (peu fourni) "livres français" de Feltrinelli (échoppe multimédia d'envergure), un "bouquin" de Frédéric Beigbeder, autobiographie intitulée (en toute simplicité) "Un roman français", couronné en son temps du prix Renaudot.
Utilisant un procédé que l'on appellera "concept" -l'auteur fut publicitaire, et ça se lit !-, le narrateur nous explique qu'il n'a pas de mémoire, et que c'est fort ennuyeux quand on veut retracer l'histoire d'une jeunesse.
Quelle bonne idée, fichtre !
Il agence son récit -avec savoir-faire, c'est bien le moins- autour de son interpellation par la police, un soir, au sortir d'une "boîte" où, (qu'est-ce qu'on s'amuse dans le Paris by night !) les pandores le serrèrent en "flag", sniffant de la cocaïne sur le toit d'une voiture.
Subissant le calvaire de sa vie (2 jours de garde à vue), le pauvre chéri, issu de la "haute" et peu préparé aux geôles (pourries, il est vrai) de la République, a tout loisir, si je puis dire, de fouiller dans son passé et de retrouver sa mémoire perdue.
Oh oui, ça se lit facilement, d'une traite, même -ce qui n'est pas toujours bon signe.
Le problème, c'est qu'on se soucie fort peu des aléas de l'existence de ce personnage mondain -il passe des pages à s'en défendre, d'ailleurs !- qui s'est fait une spécialité des récits "avec coke" (99 francs) et des récits empreints de nombrilisme (ah, "L'amour dure trois ans" (1) !).
Mais la lecture d'un tel ouvrage me fut réjouissance. Je me suis remis au mien. Merci "Fredo le pas-prolo".

(1) L'adaptation cinématographique vit les débuts à l'écran d'un certain Gaspard... Proust.
Il n'y a pas de hasard...


mercredi 22 août 2012

La nostalgie de Vichy

"Réclame", à l'époque de Marcel P.
Dans "Du côté de chez Swann" , Proust (Marcel de son prénom) livre l'admirable (entre autres) description des madeleines trempées dans le thé de son enfance qui devait s'immortaliser, chacun de nous ayant ses "madeleines", pour faire référence à notre mémoire sensorielle, et, notamment, gustative.
Un peu plus loin, décrivant les habitudes de la tante Léonie, recluse dans sa chambre, il évoque la prise quotidienne, et à heure fixe, de ses verres de Vichy Célestins, eau gazeuse à fines bulles qu'une publicité télévisuelle s'efforce actuellement de déringardiser, lui prêtant de nouvelles vertus : autrefois, cette eau pétillante se voulait digestive ; aujourd'hui, sa "fraîcheur au quotidien" (!) serait source (! encore) de bienfaits pour la peau des jeunes femmes ciblées par la publicité.
Or, cette eau miraculeuse me revient à présent en "madeleine", réveillée davantage par la lecture de la "Recherche" que par l’assommante réclame, laquelle récupère, au passage, la jolie chanson du film "Jules et Jim", la taguant d'un texte affligeant dont seule l'imagination, dramatiquement pauvre, des publicitaires, pouvait accoucher.

Enfant, lors de nos vacances dans le midi, le déjeuner chez la tante Marie, à Nîmes, était rituel un obligatoire auquel je me pliais de bonne grâce, tant j'aimais cette grand-tante, une maîtresse-femme, brillante, autrefois propriétaire d'une brasserie bien fréquentée de Montpellier, veuve d'un conseiller général de cette ville, qui épousa en secondes noces l'un des hommes les plus affables que j'aie jamais rencontrés, lequel, je vous le donne en mille, s'appelait... Marcel.
Sur la table du déjeuner, la bouteille de Vichy Célestins trônait immuablement, dont j'eus l'occasion d'apprendre par cœur le texte de l'étiquette et, notamment, ce bout de phrase qui ne laissait pas de m'intriguer : "ne décompose pas le vin".
Les adultes, encouragés sans doute par cette affirmation, mélangeaient donc, débarrassés de toute crainte (puisque c'était écrit) la piquette locale (on n'avait pas encore créé le Costières de Nîmes) et les bulles de l'eau salutaire.
Je grandis et eus le droit, un dimanche, de goûter le breuvage. On consentit à verser dans mon eau de Vichy quelques gouttes de ce vin d'une couleur rendue plus encore violacée par le mélange. Je ne renouvelai jamais l'expérience, tant la mixture me parut infâme.
A l'inverse d'autres de mes madeleines, comme ces gnocchi d'un restaurant vénitien qui me rappellent, à chaque dégustation, ceux que confectionnaient patiemment ma mère, ou un certain gâteau au chocolat familial, l'eau de Vichy Célestins n'est pas inscrite dans ma mémoire comme un souvenir heureusement gustatif.
Mais, conjuguée à la vulgaire "pub" de la télévision et à la lecture du beaucoup moins vulgaire Proust, elle m'est plus miraculeuse que l'eau de Lourdes.

Buvard publicitaire : autant de qualités en bouteilles, ce n'est pas rien !


lundi 9 avril 2012

Lettre d'adieu à la République

La dernière livraison de "L'espace délation" de Gaspard Proust pour Le Point est un must : on approuvera ou non, mais quel talent littéraire !
Allez donc y voir, ici : ohouicliquemoidessus

vendredi 23 mars 2012

Sollers à Venise

"Chaque fois que je cherche un mot équivalent à "musique", c'est le mot "Venise" qui me vient."
F.Nietzche

samedi 11 février 2012

Salons de lecture



Les températures extérieures nous confinent dans nos appartements.
Vu de mes fenêtres, le ciel de Paris a rarement été si bleu.
Le samedi après-midi, ma rue s'endort : au programme, lecture, Bach, réflexions, écriture...
Ce soir, divertir !

mercredi 28 décembre 2011

Petits bonheurs

Mezzo live HD
La chaîne Mezzo, spécialisée dans la musique dite "classique" et le jazz, s'est dotée d'un canal supplémentaire qui diffuse (en HD, s'il vous plaît !) des concerts, retransmettant notamment les évènements de la Grange de Meslay, autrefois animée par l'immense Sviatoslav Richter ; c'est un bonheur de voir et d'écouter via mes enceintes anglaises de telles retransmissions. Toute la journée, je laisse ce canal ouvert, et laisse tout tomber de mes activités quand une performance artistique capte mon attention. 
Je repensais, hier, en écoutant la transcription pour piano, par Liszt, de la 6ème de Beethoven, à ce que disait Gaspard Proust, fieffé mélomane, lors d'un entretien à France 2 : "Beethoven (entre autres) c'est une musique violente, aussi violente, si ce n'est plus, que du "heavy metal"."
C'est tellement vrai : une audition de la Symphonie Pathétique de Tchaïkovski vous en convaincra sans mal.

Ecrire
Ecrire, c'est le plus excitant des exutoires, un peu comme la composition musicale.
J'avais commis une suite de chroniques, sur le mode "feuilleton", que j'ai remaniées pour leur donner une forme romanesque.
A l'arrivée, j'ai décidé de repartir de zéro ; je ne pouvais me contenter de compiler les épisodes, les réarrangeant dans un but de cohérence, ne serait-ce que pour les replacer dans un ordre chronologique.
J'ai fait table presque rase de ces pages, adoptant un mode narratif différent, m'attachant surtout à me relire jusqu'à plus soif pour peaufiner chaque phrase.
Je ne sais, et ne veux pas savoir, quand ce travail connaîtra l'aboutissement : pour l'heure, je dois me mettre dans la tête d'un potentiel lecteur, me demander si j'arrive à captiver, si je donne envie de poursuivre la lecture.
J'ai  fait lire, l'autre soir, quelques lignes de cette nouvelle mouture à un étudiant qui aime lire.
Nous eûmes une discussion passionnante sur les scènes de sexe, pour lesquelles, contrairement à la toute première version, j'ai décidé d'appeler un chat un chat.
Je réalisai alors combien notre siècle était devenu pudibond : le jeune homme pensait qu'en donnant des précisions, je m'occultais une grande partie d'un possible lectorat.
Je lui rétorquai qu'un roman est lu par des lecteurs informés de ce qu'il contient, ne serait-ce que par la 4ème de couverture, mais surtout, par les critiques et informations distillées par l'éditeur.
Mais je faisais cependant le constat de l'échec de ce genre de tentatives à une époque, la nôtre, où, bien qu'Internet permette l'accès à des images à teneur autrement pornographique, décrire les ébats sexuels semble devenu d'une audace inouïe !
Je relisais il y a peu une très courte nouvelle de Gide, "Le ramier", datant de... 1907, où l'un des personnages, le plus jeune, dit à l'autre : "On va se tailler des pipes" !
Aurais-je l'impudence de rappeler à mes lecteurs adultes que Genet écrivit bien plus crûment et que les écrits du Marquis de Sade sont aujourd'hui considérés comme des chefs-d’œuvre, 
En ce qui concerne Jean Genet le maudit, que l'on considère à présent comme l'un des plus grands auteurs du XXè siècle (à tel point que Sartre lui consacra une œuvre dramatique), on se dit que si son œuvre n'avait atteint que des lecteurs homosexuels, en faisant un écrivain "spécialisé", sa gloire ne serait pas ce qu'elle est.
Les arguments de mon jeune camarade ne tenaient pas, à mon sens : un homosexuel s'interdit-il de lire les romans contenant des scènes érotiques hétérosexuelles, sous prétexte que ce n'est "pas son truc" ?
Mon interlocuteur m'a conforté finalement dans l'idée que je ne devais pas réfréner mes élans de plume.

Et là, je m'interromps un instant : sur Mezzo, Barenboïm en récital de piano à la Scala de Milan, ce n'est pas rien !

Tiens, en voilà !
C'est une tradition familiale, maternelle à vrai dire : dans la période des fêtes, on fait nos choux-gras de boudin blanc (ne cherchez pas une transition avec ce qui précède...).
Il faut dénicher le meilleur artisan-charcutier, celui qui est bardé de diplômes du "meilleur boudin blanc de France".
Ils sont nombreux, car il doit y avoir autant d'organismes habilités à délivrer la précieuse récompense qu'il y a de cantons en France.
On s'y perd, donc, et il faudra faire confiance à la bonne mine du boudin, à son parfum, et ne pas acheter le boudin en barquette plastifiée vendu en surfaces commerciales.
Pour faire simple, car la composition en varie selon les régions, le boudin blanc est une farce de viande blanche (du veau ou de la volaille pour les meilleurs, du porc pour les autres) mélangée à de la farine (ou de la mie de pain), de la crème et diverses épices ; on peut y ajouter des éclats de morille ou de truffe pour en faire monter le prix, car, personnellement, je trouve que ça ne change pas grand chose.
En ce qui me concerne, après l'avoir délicatement piqué en divers endroits avec une épingle (jamais avec une fourchette !) je le poêle "à froid" : c'est à dire que je le pose sur un petit lit de beurre et le démarre ainsi à feu très doux.
Il est, paraît-il, des individus pour le manger cru (faussement cru, d'ailleurs, puisque il est "précuit"), ou cuit, après l'avoir dépiauté.
A chacun son plaisir.

Le candidat du plein-emploi
Il n'aura pas réussi grand chose, notre actuel président, au cours de son quinquennat finissant.
Voici que tombent impitoyablement les chiffres du chômage ; ils sont sans appel : celui qui affirmait qu'il serait le président du plein emploi s'est planté, ici comme ailleurs.
Je pense que ce résultat-là lui sera fatal en avril et mai prochains.
Ce ne sont pas quelques cheveux blancs (en mode "j'ai bossé !") et une attitude plus "présidentielle" (qui est dupe ?) qui vont le sauver d'un naufrage prévisible (et prévu, d'ailleurs, par les plus sensés des députés UMP, entre deux portes).
Il n'est pas besoin de sondages pour mesurer le pouls de l'opinion : un petit tour au Caveau de la République vous indiquera le climat qui règne dans la population ; à l'exception toutefois des matinées où la majorité de la salle est composée de personnes âgées : là, il semble qu'il conserve encore quelques rares adeptes, lesquels devraient regarder d'un peu plus près les chiffres de leurs relevés de retraite sur les cinq dernières années ; ils y constateront sans nul doute que le candidat (aussi) du "pouvoir d'achat" les a bernés.
On a du mal, sur ces questions, à manier l'ironie : c'est tout de même cinq années calamiteuses qui s'achèvent bientôt.

Avant le bouillon vous prendrez bien un peu de boudin blanc, Nico ?

Musique, littérature et sexualité, boudin, Sarko : c'est tout pour aujourd'hui.





lundi 19 décembre 2011

Avant l'heure, c'est pas l'heure...

"Il y a des livres qu'il devrait être interdit de lire trop tôt. On passe à côté ou à travers. Et des films aussi. On devrait mettre dessus une étiquette : Ne pas voir ou ne pas lire avant d'avoir vécu."
C'est Jean-Michel Guenassia, dans "Le club des incorrigibles optimistes" (Le Livre de Poche) qui, sans le savoir, rejoint mon propre discours. J'ajoute qu'il en va de même pour certains compositeurs de musique.

mercredi 29 juin 2011

De cape et d'épée

Kit Carson, Hopalong Cassidy, Tex Tone, Roy Rogers, héros d'un Ouest à bon marché, personnages de ces comics qu'on s'échangeait à la récré, firent vibrer les mômes de tous les continents en des temps reculés.
En ce temps-là (en vérité je vous le dis, croissez et multipliez, tout ça…), point de "fuck" et autres "shit" pour illustrer le dépit ou la colère : quand tout allait de travers, le héros se fendait d'un "damned !" dont on savait qu'il signifiait "enfer et damnation !" et on tremblait pour lui.
Mais, plus que de ces planches imprimées sur un papier de mauvaise qualité, moi, ce qui me plaisait c'étaient les romans ou les films de "cape et d'épée ".
Quand –c'était fort rare "en bas"- une après-midi pluvieuse me confinait dans ma chambre, je me délectais des aventures de Pardaillan, de celles du Capitan, du "Bossu", ou des ces "Trois mousquetaires" dont j'ai revu récemment l'adaptation cinématographique made in Hollywood où un Gene Kelly virevoltant incarne ce cher d'Artagnan, pauvre hobereau de Gascogne venu chercher gloire et fortune à la cour du roi Louis XIII, aujourd'hui dénommé "X3".

D'Artagnan (Gene Kelly) et la super méchante Milady (Lana Turner)

Dans les films de cape et d'épée, toutes les trois minutes trente deux secondes il y a un combat à la rapière : le héros, toujours un fin bretteur, doit lutter contre des méchants qui ont tellement la trouille qu'ils s'y mettent à trente pour tenter de l'occire sur ordre, ici, du très vilain Cardinal de Richelieu –quel salaud, celui-là !- qui  a vraiment –pardonnez-moi excellence, une tête de con, un mec hyper fourbe dont on se demande pourquoi Louis l'a laissé gouverner le pays, d'autant qu'apparemment, les deux pouvaient pas se saquer : on le sait maintenant parce que Alexandre Dumas a tout balancé.
Dans les films de cape et d'épée, le héros est toujours amoureux d'une très belle femme, blonde de préférence comme l'est ici Lana Turner qui fait turner (comme dit Johnny) la tête de tout mâle ayant à l'approcher.
Dans le film de Georges Sidney (qui réalisa entre autres "Tu seras un homme mon fils", histoire bidonnante d'un pianiste atteint d'un cancer), d'Artagnan, vachement en avance sur son temps, est amoureux de deux nanas, la s….e jouée par la Lana, et, mais moins quand même, la gentille Constance qui -c'est con, y'a pas de morale- ne vivra pas jusqu'au mot "fin".
Pour adapter ce célèbre fleuron de notre patrimoine littéraire en 1948, les ricains n'y sont pas allés de main morte, avec toute la naïveté dont ils savent faire preuve quand ils veulent évoquer notre doux pays de Cocagne : ici, tout de même, point d'accordéon pour bien montrer qu'on est en France ; non, pour la bande "originale", on a fait appel à un spécialiste, un nommé Tchaikovski !
C'est son Ouverture de Roméo et Juliette qui illustre, mise à toutes les sauces, les scènes d'amour.
Pour le reste, à savoir les séquences d'action, ils ont arrangé "Le pont d'Avignon" et même "La casquette du père Bugeaud", si !
Quand on est marmot on fait pas gaffe, mais là, hier, ça m'a fait drôlement rigoler.
Mais ce sont ces naïvetés, ces (beaux) décors de carton-pâte de la MGM, cette envie joyeuse de faire un film "plaisant", toute cette énergie mise en œuvre (le grand Gene Kelly ayant lui-même réglé les combats et duels comme on règle une chorégraphie), la splendeur du Technicolor (dans un DVD digne d'un Blu-ray !), qui font de ce beau spectacle un condensé de bonheurs.

Gene Kelly

L'affiche originale.
Des fois qu'on les reconnaisse pas "en costumes", les distributeurs ont collé des photos des principaux acteurs "en civil".

samedi 30 octobre 2010

Schubert-Goethe : bouleversant, dites-vous ?

Dietrich Fischer-Dieskau (pour l'anecdote, son petit-fils est mon voisin du dessus, violoniste émérite !) et, au piano, Gerald Moore.

Traduction :



Le Roi des Aulnes 



Quel est ce cavalier qui file si tard dans la nuit et le vent ?
C'est le père avec son enfant ;
Il serre le jeune garçon dans son bras,
Il le serre bien, il lui tient chaud. 


Mon fils, pourquoi caches-tu avec tant d'effroi ton visage ? 
Père, ne vois-tu pas le Roi des Aulnes ?
Le Roi des Aulnes avec sa traîne et sa couronne ? 
Mon fils, c'est un banc de brouillard. 


"Cher enfant, viens donc avec moi !
Je jouerai à de très beaux jeux avec toi,
Il y a de nombreuses fleurs de toutes les couleurs sur le rivage,
Et ma mère possède de nombreux habits d'or."


Mon père, mon père, et n'entends-tu pas,
Ce que le Roi des Aulnes me promet à voix basse ? 
Sois calme, reste calme, mon enfant !
C'est le vent qui murmure dans les feuilles mortes. 


"Veux-tu, gentil garçon, venir avec moi ?
Mes filles s'occuperont bien de toi
Mes filles mèneront la ronde toute la nuit,
Elles te berceront de leurs chants et de leurs danses."


Mon père, mon père, ne vois-tu pas là-bas
Les filles du Roi des Aulnes dans ce lieu sombre ? 
Mon fils, mon fils, je vois bien :
Ce sont les vieux saules qui paraissent si gris.


"Je t'aime, ton joli visage me charme,
Et si tu ne veux pas, j'utiliserai la force." 
Mon père, mon père, maintenant il m'empoigne !
Le Roi des Aulnes m'a fait mal !


Le père frissonne d'horreur, il galope à vive allure,
Il tient dans ses bras l'enfant gémissant,
Il arrive à grand peine à son port ;
Dans ses bras l'enfant était mort. 

vendredi 16 avril 2010

Printanières


Proust est partout.
Pas Marcel, non, Gaspard !
On ne peut ces jours-ci ouvrir un "news magazine" ou un simple Libé sans tomber sur un article (élogieux) ou une interview de l'ami humoriste cinglant.
Hier, c'était un entrefilet assorti d'une photo dans le supplément ciné-télé-sorties du Nouvel Observateur.
C'est dans le Nouvel Obs' proprement dit de la même livraison, que j'ai découvert en rentrant du bureau du caveau, un long "papier" avec image sous le titre "Gaspard Proust Rire sans frontière", un entretien bien mené par Jean-Gabriel Fredet dont on subodore qu'il est devenu "accro" au talent de l'humoriste ; en exergue, il le définit ainsi : "Odieux, désespéré.Ou notre semblable, notre frère ?"
Pour une fois, G.P. semble sortir de son personnage (exceptée une "vanne" sur les curés) et se livrer un peu plus ; car l'homme a pour habitude de pratiquer l'art de la pirouette à chaque interview.Ici, le lecteur en apprend un peu plus sur celui qui sait si bien que dans ce métier, il faut savoir s'entourer de mystère.
Me faisant de temps à autre l'honneur considérable de préférer ma compagnie à celle d'une "pupute" pour apprécier un grand vin ou un lapin à la royale, ce trentenaire wagnérien est l'une des plus évidentes "têtes froides" qu'il m'ait été donner de rencontrer.De même qu'il semblait s'amuser de ses bides successifs des mois anciens, le succès (le Studio des Champs Elysées refuse du monde !) n'entame en rien sa manière de penser.
Penser étant sa principale occupation.

Stendhal, le vrai, le seul, l'unique, m'accompagne jour et nuit depuis mon retour de Venise.
Evident pour quelqu'un qui aime à visiter l'Italie en solo comme le fit Beyle en d'autre siècle moins vulgaire que celui que nous subissons.
Quelque esprit malin m'aura soufflé de mettre mes pas dans ceux de l'auteur de "Rome, Naples et Florence" (1817, comme le temps passe !).Je relis "Le rouge et le noir" et vais me projeter l'adaptation cinématographique très académique que Christian Jaque fit de "La chartreuse de Parme".
Académique, oui, mais il y a Maria Casarès, impériale, touchante, et Gérard Philippe, touchant, impérial.
Renée Faure est belle.
Et aussi une sublime photo en noir et blanc qui alterne le clair et l'obscur.

Gérard Philippe & Renée Faure in "La chartreuse de Parme"

Je ne vais guère au cinéma ces temps-ci.
Les projections pour les amis occupent mes soirées sans théâtre.
Je vais avoir l'occasion de me rattraper pendant les vacances scolaires et ne manquerai pour rien au monde le film sensuel de Lou Ye "Nuit d'ivresse printanière", oeuvre d'un cinéaste chinois interdit au pays de Mao.
Il y aussi, d'un autre genre, le film de Paul Greengrass "Green Zone" où l'on constate une fois de plus que le cinéma américain a plus de facilité que le nôtre à pratiquer l'introspection : ici, on dénonce le mythe des "armes de destruction massives" en Irak comme un complot éhonté de l'administration Bush.
Mais je médis : on nous annonce un film sur Sarkozy !

Pouvoir rédiger ces quelques lignes en écoutant des concertos de Mozart est, je le sais, un privilège de l'ordre du divin.
J'ai (luxe) des fenêtres dotées d'un double-vitrage qui permet d'occulter tant que faire se peut le tumulte des marteaux-piqueurs du square voisin en travaux.
Ecouter Mozart, lire Stendhal avec, au dehors, un ciel clément qui n'attend que ce fameux "nuage de cendres" pour s'obscurcir dans l'après-midi nous dit-on, c'est d'la balle !

En haut, illustration pour "Les voyages en Italie".

vendredi 29 janvier 2010

Le livre de toutes les jeunesses

 
" L'attrape-cœurs ", roman de l'adolescence le plus lu du monde entier, est l'histoire d'une fugue, celle d'un garçon de la bourgeoisie new-yorkaise chassé de son collège trois jours avant Noël, qui n'ose pas rentrer chez lui et affronter ses parents. Trois jours de vagabondage et d'aventures cocasses, sordides ou émouvantes, d'incertitude et d'anxiété, à la recherche de soi-même et des autres. L'histoire éternelle d'un gosse perdu qui cherche des raisons de vivre dans un monde hostile et corrompu."

Il n'est pas un "jeune" pour ne pas se reconnaître dans le roman de J.D. Salinger qui vient de mourir laissant cette œuvre impérissable et universelle.
Il n'est pas un "ancien jeune" pour ne pas se sentir désormais un peu orphelin.

jeudi 7 janvier 2010

Robert Camut

Crise de rire en solo, hier soir, en voyant, au générique du "Camus" de Laurent Jaoui mon nom transformé en "Sylvain Coudel".
Si le prénom que je porte est un peu atypique (j'ai eu droit de tous temps à Sylvain, mais aussi à Florian, Flavian ou même Vivian !), le patronyme Coudène est assez répandu, notamment dans l'Ardèche d'origine où ses porteurs sont pléthoriques.
Ce qui ne m'empêche pas de m'entendre appeler au téléphone Monsieur Cou-de-nez par les démarcheurs publicitaires appelant, il est vrai, d'une région quelque peu éloignée de l'hexagone.

Cela dit, le film était une réussite, évitant l'hagiographie, nous aidant à mieux comprendre le personnage.
Sans aucune complaisance, j'y ai relevé la prestation admirable d'Anouk Grinberg en épouse de l'écrivain, un rôle difficile servi par une comédienne exceptionnelle.

lundi 4 janvier 2010

Camus n'est pas mort.

La radio du matin évoquait fort intelligemment (dans les 2 sens du terme) ce cinquantième anniversaire du jour où le Prix Nobel de Littérature trouvait la mort dans un accident de voiture.
Mort, sans doute, oui, mais vivant plus que jamais à travers sa pensée, ses écrits.
Même à l'heure où l'on publie une liste de prétendues "personnalités préférées des français" où ne figure le moindre écrivain (même pas Marc Lévy !), historien ou philosophe.
Seule consolation, le lapin Duracel qui préside se retrouve en queue de peloton.

Les listes passent comme les bêtisiers, comme les modes ; la parole des sages reste.

- Albert Camus (Sipa) -

jeudi 12 novembre 2009

Coup de coeur de l'automne 2009


- Marie Ndiaye-

Je sens que je vais le lire, le "Goncourt", cette année.

vendredi 6 novembre 2009

Livre de voyage (dans le temps)


Les mémoires de l'écrivain-philosophe-cinéaste.
Je dévore ce "lièvre" avec passion.
Et je recommande.

vendredi 9 octobre 2009

Egouts


Le Ministre français de la culture, Frédéric Mitterrand, vient donc de subir le feu croisé d'attaques venant de droite (extrême) et de gauche au sujet d'un passage de son (beau) livre en grande partie autobiographique intitulé "La Mauvaise Vie" (Robert Laffont éd. - 2005).
Sans pour autant cautionner la politique du gouvernement auquel il appartient, j'apporte mon soutien sans réserve à l'écrivain-cinéaste et homme de télévision victime des plus basses calomnies basées sur des amalgames bien ancrés, hélas, entre homosexualité et pédophilie.
Sur le plateau d'une télévision connue pour la médiocrité de ses programmes, l'homme faisait face hier soir à une journaliste bien décidée à le "cartonner" en direct (ça valorise !).
Emu, bouleversant de sincérité, Frédéric Mitterrand a vraisemblablement convaincu la majorité des millions de téléspectateurs du journal télévisé.
On peut l'espérer...
Que des arrière-pensées politiques aient conduit certains hommes de gauche à sonner l'hallali, puis, ce matin, à rebrousser quelque peu chemin, est tout simplement consternant.
Heureusement, avec d'autres personnalités, Bertrand Delanoë, Maire de Paris, avait, en plein cœur de la polémique, soutenu le Ministre de la Culture.
A quand le retour de l'inquisition, comme le craignait ce matin un éditorialiste de la presse quotidienne ?

mercredi 8 juillet 2009

"Mon âme est à Trieste" (J.Joyce)



Trieste est une ville d'écrivains.
Leurs effigies jalonnent la cité.
On peut ainsi suivre le parcours habituel de Joyce, de la maison où il habitait jusqu'à son café préféré, car Trieste, siège de la fameuse maison Illy d'ailleurs, comptait grand nombre de cafés très "mitteleuropa" comme ceux où l'on s'installe à Vienne ou à Prague.
Il en subsiste quelques uns comme le "Caffè degli Specchi"* où, l'autre après-midi, pour me prouver qu'elle avait fait partie d'une troupe qui avait chanté "a Parigi" avant (ou pendant ?) la 2nde guerre mondiale, entonna un vibrant "O' sole mio" qui fit trembler les vitres de la vieille bâtisse et déclencha une mini tempête dans mon verre de Spritz Aperol.

C'est à Trieste que Joyce commença son Ulysse que l'on dit être le plus grand roman du 20 ème siècle.
Sans savoir que je lui emboîterais le pas, j'avais acheté l'ouvrage il y a quelques semaines.
Ce voyage et les loisirs que me laissent les grandes vacances vont me donner l'occasion de m'y plonger ; et ce n'est pas rien.


*Un snobisme récent consiste chez nous à écrire le mot café avec deux "f" et un accent grave sur le e final.
J'ai noté à Trieste et à Venise que les italiens pouvaient fort bien imiter ce genre de bêtise commerciale : beaucoup enlèvent un "f" et aiguisent l'accent final.
Retour à l'envoyeur, donc.

Caffè degli Specchi
sur la "Piazza dell'Unita", sans doute l'une des deux ou trois plus belles places d'Europe :
elle plonge quasiment dans l'Adriatique.
à suivre.
Photos (c) David a 1000 tonnes.