" Tantôt, un livre en main, errant dans les prairies,
J’occupe ma raison d’utiles rêveries :
Tantôt, cherchant la fin d’un vers que je construis,
Je trouve au coin d’un bois le mot qui m’avait fui ;
Quelquefois, aux appas d’un hameçon perfide,
J’amorce en badinant le poisson trop avide ;
Ou d’un plomb qui suit l’œil, et part avec l’éclair,
Je vais faire la guerre aux habitants de l’air.
Une table au retour, propre et non magnifique,
Nous présente un repas agréable et rustique :
Là, sans s’assujettir aux dogmes du Broussain,
Tout ce qu’on boit est bon, tout ce qu’on mange est sain ;
La maison le fournit, la fermière l’ordonne,
Et mieux que Bergerat l’appétit l’assaisonne.
Ô fortuné séjour ! ô champs aimés des cieux !
Que, pour jamais foulant vos prés délicieux,
Ne puis-je ici fixer ma course vagabonde,
Et connu de vous seuls oublier tout le monde ! "
Boileau - Épitre au président Lamoignon
Le journal de Sylvian Coudène.
Humeurs, humours, musiques, cinéma, et autres libertés provisoires.
Humeurs, humours, musiques, cinéma, et autres libertés provisoires.
"La gravité est le plaisir des sots"
(Alexandre Vialatte)
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lundi 8 octobre 2012
mercredi 22 août 2012
La nostalgie de Vichy
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| "Réclame", à l'époque de Marcel P. |
Un peu plus loin, décrivant les habitudes de la tante Léonie, recluse dans sa chambre, il évoque la prise quotidienne, et à heure fixe, de ses verres de Vichy Célestins, eau gazeuse à fines bulles qu'une publicité télévisuelle s'efforce actuellement de déringardiser, lui prêtant de nouvelles vertus : autrefois, cette eau pétillante se voulait digestive ; aujourd'hui, sa "fraîcheur au quotidien" (!) serait source (! encore) de bienfaits pour la peau des jeunes femmes ciblées par la publicité.
Or, cette eau miraculeuse me revient à présent en "madeleine", réveillée davantage par la lecture de la "Recherche" que par l’assommante réclame, laquelle récupère, au passage, la jolie chanson du film "Jules et Jim", la taguant d'un texte affligeant dont seule l'imagination, dramatiquement pauvre, des publicitaires, pouvait accoucher.
Enfant, lors de nos vacances dans le midi, le déjeuner chez la tante Marie, à Nîmes, était rituel un obligatoire auquel je me pliais de bonne grâce, tant j'aimais cette grand-tante, une maîtresse-femme, brillante, autrefois propriétaire d'une brasserie bien fréquentée de Montpellier, veuve d'un conseiller général de cette ville, qui épousa en secondes noces l'un des hommes les plus affables que j'aie jamais rencontrés, lequel, je vous le donne en mille, s'appelait... Marcel.
Sur la table du déjeuner, la bouteille de Vichy Célestins trônait immuablement, dont j'eus l'occasion d'apprendre par cœur le texte de l'étiquette et, notamment, ce bout de phrase qui ne laissait pas de m'intriguer : "ne décompose pas le vin".
Les adultes, encouragés sans doute par cette affirmation, mélangeaient donc, débarrassés de toute crainte (puisque c'était écrit) la piquette locale (on n'avait pas encore créé le Costières de Nîmes) et les bulles de l'eau salutaire.
Je grandis et eus le droit, un dimanche, de goûter le breuvage. On consentit à verser dans mon eau de Vichy quelques gouttes de ce vin d'une couleur rendue plus encore violacée par le mélange. Je ne renouvelai jamais l'expérience, tant la mixture me parut infâme.
A l'inverse d'autres de mes madeleines, comme ces gnocchi d'un restaurant vénitien qui me rappellent, à chaque dégustation, ceux que confectionnaient patiemment ma mère, ou un certain gâteau au chocolat familial, l'eau de Vichy Célestins n'est pas inscrite dans ma mémoire comme un souvenir heureusement gustatif.
Mais, conjuguée à la vulgaire "pub" de la télévision et à la lecture du beaucoup moins vulgaire Proust, elle m'est plus miraculeuse que l'eau de Lourdes.
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| Buvard publicitaire : autant de qualités en bouteilles, ce n'est pas rien ! |
dimanche 30 août 2009
lundi 22 juin 2009
Madeleine espagnole
Le Maroc, même au temps des français coopérants dont nous étions (au début des années 60), a toujours vécu sous influence espagnole.
Sur le terrain vague à côté de l'immeuble où nous vivions à Rabat, des théâtres espagnols venaient régulièrement planter leur chapiteau pour présenter des revues de variétés où se mêlaient chansonnettes diverses et flamenco endiablé pour notre plus grande joie.
Les gamins que nous étions passions ensuite des heures éblouies à reconstituer le spectacle auquel nous avions assisté.
En cherchant bien, je devrais pouvoir retrouver une photo me représentant, à 5 ou 6 ans, affublé d'un pantalon "corsaire" et d'un bandana, tambourin en main.
Dans les idoles que nous adorions sur la toile blanche du cinéma de l'Agdal (quartier des faubourgs de Rabat), il y avait bien sûr Joselito, l'enfant "à la voix d'or", organe vocal qui aujourd'hui m'est aussi insupportable que le crissement d'une craie sur un tableau noir et que je n'aurai pas l'indélicatesse d'infliger à mes fidèles lecteurs.
En revanche, je ne renoncerai jamais à l'infinie tendresse que m'inspirent la grâce, la voix chaleureuse et la beauté de madone de Sara Montiel, star absolue de l'Espagne franquiste.
On n'a jamais su vraiment si cette Violetera qu'elle interprète ici dans un nanar immortel pour moi est une oeuvre écrite par Chaplin pour ses "Lumières de la ville" ou, plus vraisemblablement, l'un de ces airs populaires dûs à d'anonymes compositeurs et qui tournent de places de villages en veillées au coin de l'âtre.
On trouve des traces de ce que je considère comme la plus belle chanson du monde (de "mon" monde) en Italie (les napolitains la revendiquent !) et l'argentin Carlos Gardel en fit l'un de ses très beaux tangos.
L'immense Chaplin serait-il pris, ici, en flagrant délit d'imposture ?
Bon, allez, fuyez ou pâmez-vous avec moi, voici la Violetera par Sara Montiel.
Que ses fidèles de par le monde appellent tendrement "Sarita" :
Sur le terrain vague à côté de l'immeuble où nous vivions à Rabat, des théâtres espagnols venaient régulièrement planter leur chapiteau pour présenter des revues de variétés où se mêlaient chansonnettes diverses et flamenco endiablé pour notre plus grande joie.
Les gamins que nous étions passions ensuite des heures éblouies à reconstituer le spectacle auquel nous avions assisté.
En cherchant bien, je devrais pouvoir retrouver une photo me représentant, à 5 ou 6 ans, affublé d'un pantalon "corsaire" et d'un bandana, tambourin en main.
Dans les idoles que nous adorions sur la toile blanche du cinéma de l'Agdal (quartier des faubourgs de Rabat), il y avait bien sûr Joselito, l'enfant "à la voix d'or", organe vocal qui aujourd'hui m'est aussi insupportable que le crissement d'une craie sur un tableau noir et que je n'aurai pas l'indélicatesse d'infliger à mes fidèles lecteurs.
En revanche, je ne renoncerai jamais à l'infinie tendresse que m'inspirent la grâce, la voix chaleureuse et la beauté de madone de Sara Montiel, star absolue de l'Espagne franquiste.
On n'a jamais su vraiment si cette Violetera qu'elle interprète ici dans un nanar immortel pour moi est une oeuvre écrite par Chaplin pour ses "Lumières de la ville" ou, plus vraisemblablement, l'un de ces airs populaires dûs à d'anonymes compositeurs et qui tournent de places de villages en veillées au coin de l'âtre.
On trouve des traces de ce que je considère comme la plus belle chanson du monde (de "mon" monde) en Italie (les napolitains la revendiquent !) et l'argentin Carlos Gardel en fit l'un de ses très beaux tangos.
L'immense Chaplin serait-il pris, ici, en flagrant délit d'imposture ?
Bon, allez, fuyez ou pâmez-vous avec moi, voici la Violetera par Sara Montiel.
Que ses fidèles de par le monde appellent tendrement "Sarita" :
samedi 18 avril 2009
Eloge de la côte de veau
Il faudra acquérir une côte d'un veau fermier élevé sous la mère ; s'il vient du Limousin, ce sera parfait.
Vous pourrez la déguster "nature", accompagné de bonnes pommes de terre coupées en quartiers grossiers (des "agatha", ce sera super) ; dans un peu d'huile d'arachide, vous aurez fait fondre une bonne noix de beurre ; vous y déposerez votre côte de veau quand le beurre moussera.
Vous saisirez la viande, à feu vif, 4 minutes de chaque côté (vous salerez au moment de retourner la bête), puis 1 petite minute à feu doux.
Ensuite, vous réserverez un instant sur un coin du fourneau pour que les chairs s'assouplissent.
Vous pouvez choisir la version normande : quand votre viande se repose doucement non loin du feu, vous faites revenir des champignons puis vous ajoutez de la crème liquide (légère, pour moi !) : quand votre crème est à consistance vous remettez un instant votre côte en l'arrosant de votre sauce, mais brièvement
Dans les deux cas, c'est tout bonnement succulent.
Bon appétit.
Et bon weekend.
Vous pourrez la déguster "nature", accompagné de bonnes pommes de terre coupées en quartiers grossiers (des "agatha", ce sera super) ; dans un peu d'huile d'arachide, vous aurez fait fondre une bonne noix de beurre ; vous y déposerez votre côte de veau quand le beurre moussera.
Vous saisirez la viande, à feu vif, 4 minutes de chaque côté (vous salerez au moment de retourner la bête), puis 1 petite minute à feu doux.
Ensuite, vous réserverez un instant sur un coin du fourneau pour que les chairs s'assouplissent.
Vous pouvez choisir la version normande : quand votre viande se repose doucement non loin du feu, vous faites revenir des champignons puis vous ajoutez de la crème liquide (légère, pour moi !) : quand votre crème est à consistance vous remettez un instant votre côte en l'arrosant de votre sauce, mais brièvement
Dans les deux cas, c'est tout bonnement succulent.
Bon appétit.
Et bon weekend.
vendredi 6 février 2009
Ferenc (Franz) Liszt, le piano moderne, c'est lui.
J'ai inséré, colonne de droite, les Jeux d'eau à la Villa d'Este de Liszt.
A la Fnac, on peut se procurer pour 10 euros le double CD d'Aldo Ciccolini de la série "Les rarissimes" (EMI), qui contient l'intégrale des "Années de pélerinage" dont ces fameux "jeux d'eau".
En prime, les "Consolations".
Du très grand art.
J'ai récemment recommandé le récital Liszt d'Arkadi Volodos ; je ne m'en lasse pas.
Au passage, je rappelle que la Sonate en si mineur du même Liszt est la clé de voûte du piano moderne.
C'est mon avis ; et je l'approuve.
Ciccolini, c'est trop trop bien !
A la Fnac, on peut se procurer pour 10 euros le double CD d'Aldo Ciccolini de la série "Les rarissimes" (EMI), qui contient l'intégrale des "Années de pélerinage" dont ces fameux "jeux d'eau".
En prime, les "Consolations".
Du très grand art.
J'ai récemment recommandé le récital Liszt d'Arkadi Volodos ; je ne m'en lasse pas.
Au passage, je rappelle que la Sonate en si mineur du même Liszt est la clé de voûte du piano moderne.
C'est mon avis ; et je l'approuve.
Ciccolini, c'est trop trop bien !Quand j'étais petit et que ma mère me disait : "coiffe toi un peu avant de sortir !", je répondais invariablement : "c'est bon, on va pas au récital de piano Aldo Ciccolini !"
Et pour cause : pour aller écouter Aldo au festival de Menton, l'une de mes premières expériences de musique vivante, j'étais habillé comme un premier communiant et coiffé savamment avec la raie sur côté et du Pento pour domestiquer les tifs récalcitrants.
J'ai récemment acheté du Pento.
Juste pour m'enivrer d'un parfum d'enfance.
Ecoutez Liszt, ça sent bon !
Et pour cause : pour aller écouter Aldo au festival de Menton, l'une de mes premières expériences de musique vivante, j'étais habillé comme un premier communiant et coiffé savamment avec la raie sur côté et du Pento pour domestiquer les tifs récalcitrants.
J'ai récemment acheté du Pento.
Juste pour m'enivrer d'un parfum d'enfance.
Ecoutez Liszt, ça sent bon !
mardi 4 novembre 2008
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