Le journal de Sylvian Coudène.
Humeurs, humours, musiques, cinéma, et autres libertés provisoires.
"La gravité est le plaisir des sots"
(Alexandre Vialatte)

jeudi 10 novembre 2011

Gaspard Proust à Gaveau, une tornade,

 tornade intellectuelle s'entend, car on ne peut dire que l'artiste use et abuse des ficelles de rigueur en matière de "homme seul en scène" ("one man show" pour les anglo-saxons ou voulant l'être) : ici, pas de sono gueularde et de musique racoleuse pour que le public batte des mains, pas d'entrée en scène spectaculaire (c'est le moins qu'on puisse dire !) pas de rappels et une sortie toute aussi discrète sous les yeux d'un public conquis définitivement.
Ici, que l'on soit coiffeuse-vendeuse ou écrivain-star (il y en avait), on se prend quelques volées de bois vert bien senties, on est prié de pratiquer l'auto-dérision, et si ça plait pas, on viendra plus, e basta !
G.Proust prétend faire, c'est une sorte de pacte, une ambiguïté soigneusement entretenue, un spectacle "de droite" qui n'épargne certes pas F.Hollande ou, surtout, son ex-compagne, mais tacle aussi Sarko et dézingue sa patronne, à savoir la gracieuse Angela Merkel.
Mais la politique a finalement peu de place dans cette avalanche de coups portés sur les religions, les femmes (ah, la misogynie affichée de ce beau garçon, de nature à exciter ces dames !), l'occupation, la résistance, le sexe (la chair est si triste !), le communisme, le capitalisme...
Il y a grain à moudre pour chacun dans cette suite de saillies (tiens, comme ce mot lui va bien au teint !) qui déclenchent le fou-rire, même lorsque l'on déclame (en allemand, bien sûr) un extrait du Tristan de Wagner, quand on évoque l'attitude de Talleyrand au Congrès de Vienne (c'est pas chez Eric et Ramzy et consorts qu'on entendrait ça !) ou l'invasion de la Pologne et qu'on se permet tout sur tout, tout simplement, mais pas si simplement que ça puisque les textes sont ciselés en orfèvre par un garçon venu d'ailleurs qui donne là une sacrée leçon de langue française.
Car, voyez-vous, l'homme a lu des livres et peut se permettre de rigoler de Deleuze (pour faire se masturber Télérama !), dénonce, mine de rien, l'abominable procès fait, en son temps, au Baudelaire des "Fleurs du mal", ou de railler la littérature de pacotille de Marc Lévy.
Comme on sait, ou du moins ça commence à se savoir, que Gaspard est aussi un fou de musique, au point que Radio Classique et France Musique le reçoivent en initié (5 ou 6000 disques à la maison, n'en jetez plus !), on comprendra que la salle mythique qui accueillit les plus grands noms de l'histoire de la musique du XXè et XXIè siècles (Horowitz, Cziffra, Richter, Casals, Menuhin et cent autres) lui aille si bien.
Gaveau n'a pourtant rien, de par sa configuration, pour accueillir un spectacle "comique"; on constate qu'elle est bondée tous les soirs par 1000 spectateurs qu'il estoque de son fleuret pas moucheté alors que G.Proust vient de se payer le luxe de remplir le Théâtre du Rond Point un mois durant : c'est un bon salaire que cet engouement d'un public composé de trentenaires, d'étudiants (plutôt Sciences Po.), de gauchistes et de droitiers, de gens lassés, en résumé, de l'humour consensuel des "performeurs" (néologisme venu de l'anglais "performer"), de spectateurs auxquels il est simplement demandé de réfléchir plus loin que le bout de leur Gerra, quoi.
Le cerveau en perpétuel bouillonnement de l'artiste (le stylo et le bloc-notes toujours à portée de main, de sorte que le spectacle n'est pas le même d'un soir à l'autre), le don infini d'observation de notre société malade, le manque d'a-priori sur qui et quoi que ce soit, suffisent à expliquer un succès plus que mérité.
Chapeau !

Chronique mondaine : dans la loge, hier soir, les propriétaires des lieux Chantal et Jean-Marie Fournier, médusés par le succès et l'affluence dans leur chère salle Gaveau ; nous nous connaissons depuis mes lointaines études pianistiques : le père de Jean-Marie, homme charmant et cultivé, fut mon directeur, autrefois, sur la Côte ; nous en avons gardé quelques liens.
Sinon, il y avait Patrick Bruel (je n'ai pas crié !), très gentil, et Liane Foly, adorable, ainsi que Laurent Ruquier venu soutenir une nouvelle fois son "poulain".
Je m'en voudrais de ne pas citer Corinne, caissière, et Camille, régisseur, du Gaveau Caveau de la République (celle-là, je la fais depuis plus de 10 ans, je sais, je sais, mais là, hein !?).

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Cela tombe bien, j'ai loupé le coche pour le théâtre du Rond-Point, mais j'ai droit à la séance de rattrapage Gaveau ce samedi.
Signé Bardamu !

S. a dit…

Tu ne devrais pas le regretter !