Le journal de Sylvian Coudène.
Humeurs, humours, musiques, cinéma, et autres libertés provisoires.
"La gravité est le plaisir des sots"
(Alexandre Vialatte)

mardi 29 novembre 2011

Franz Liszt est grand, Chamayou est son prophète.

Bertrand Chamayou et, ci-dessous, Franz (Ferenc) Liszt

Avec la Sonate en si mineur, on peut dire que les "Années de pèlerinage" sont un monument de l'histoire du piano.
Celui qu'on prenait pour un virtuose, une "star", un Casanova vaguement sorcier (sa technique était époustouflante), un laboureur de Pleyel, conçut en lui-même cette somme pendant près de 40 ans!
"Les années de pèlerinage" ont eu une influence prépondérante sur le piano "moderne", irradiant jusqu'à Debussy et Ravel : les "Jeux d'eau" de ce dernier sont un hommage à ceux, "à la Villa d'Este" du grand compositeur hongrois.
En cette année du bicentenaire, on s'aperçoit -il en a fallu du temps !- que Liszt fut bien autre chose que le compositeur des Rhapsodies Hongroises, brillante démonstration de virtuosité pianistique empreinte de références tziganes.
En tendant un peu une oreille que les temps ont rendu paresseuse, on perçoit combien, par exemple, outre la plongée quasi spéléologique à l'intérieur de l'instrument, combien la recherche harmonique obsessionnelle du Don Juan devenu "l'abbé Liszt", a été essentiele pour les musiciens à venir, y compris sur son propre gendre, Richard Wagner.

Les enregistrements de l'intégrale de ces "Années" sont fort rares, celui de Ciccolini faisant habituellement mon ordinaire.
Les plus grands, vivants ou morts, d'Arrau à Volodos s'y sont frotté, et il ne sera pas question de rejeter l'apport à l'édifice de ces grands noms, en n'oubliant pas de citer Bolet ou Horowitz (qui les distilla avec parcimonie, hélas !) ou Brendel.

Hier soir au Théâtre des Champs Elysées*, nous avons assisté à un évènement pianistique de première importance : un jeune pianiste de 30 ans, considéré comme l'un des tout premiers de la nouvelle génération (Victoire de la Musique en 2006, à 25 ans, donc !), Bertrand Chamayou, s'est livré à une véritable performance en un récital de près de trois heures, donnant l'intégrale de cette œuvre gigantesque et ô combien périlleuse.
Dans le programme, en un texte rédigé par lui, le pianiste disait combien il était réticent aux "célébrations", aux "commémorations" de toutes sortes ; mais son cheminement (il a enregistré les 12 "Etudes  d'exécution transcendante" du même Liszt, une paille !) l'a naturellement conduit vers ces "Années", s'imposant à lui, qui a dû (ça s'entend !) lire, analyser, disséquer au scalpel, ce chef-d’œuvre historique.
Chamayou subjugue : virtuosité, technique infaillible, précision bluffante (on cherchera en vain une note "à côté" pendant ces trois heures !)...
Mais c'est surtout dans la recherche sonore, dans l'exploitation de toutes les ressources du Steinway de concert jusque dans le jeu des pédales, qu'il nous cloue à notre fauteuil, bien placés au premier balcon, devant une foule comme pétrifiée : un grand, un très grand pianiste, un peu gauche, presque emprunté sous l'ovation finale, vient de se révéler dans le monde étroit du piano français.
Non loin de moi, outre l'ami Benjamin Baroche, un jeune homme retient son souffle, comme moi, pendant tout le concert, où l'on répugne à profiter des deux entractes, à se mêler à la foule piaillant (de contentement, certes),se bornant à envoyer un SMS, perçu à côté de la plaque d'ailleurs, à un ami réputé "musicien" avec ce simple mot en élan du cœur : fabuleux !
Chamayou a pénétré les entrailles de la partition, la dépoussiérant, en donnant une nouvelle vision, la "recréant" comme si elle venait d'être écrite tout récemment : de mémoire, je n'avais jamais entendu tinter aussi clairement les Cloches de Genève, je n'avais jamais senti l'émotion m'étreindre à ce point dans les "Sonnets de Pétrarque", jamais compris aussi nettement la qualité descriptive de ces "Jeux d'eau à la Villa d'Este" que je massacrai allègrement à dix-sept ans, parce que j'aimais l’œuvre, mais passai à côté par manque de maturité.
Là, hier soir, dans le silence religieux de ce si beau théâtre, tout devenait enfin limpide : je retournais à la Villa d'Este, souvenir inoubliable d'un séjour à Rome, l'un des lieux les plus extraordinaires qu'il m'ait été donné de parcourir : le jeune Chamayou m'y ramenait enfin ; il a droit désormais à ma profonde gratitude.

Le son du Steinway en ce lieu mythique des Champs Elysées où rode l'ombre de tant de grands musiciens, celle de Cocteau et de ceux qui firent de la France un phare de la culture en des temps hélas disparus sous des amas de vulgarité, les basses profondes ou meurtrières, les aigus cristallins, l'attitude sobre du pianiste, impliquant malgré tout toutes les fibres de son âme, exploitant toutes les ressources de son corps en deuxième instrument, resteront longtemps comme un très grand moment de ma vie musicale.

Les concerts viennent appuyer la sortie du disque que je vais évidemment me procurer pas plus tard que cet après-midi.

Voici un court reportage sur l'enregistrement, à Poitiers, au printemps 2011 :



* Les sigles à la noix ont envahi le monde de la musique y compris. Ainsi, il serait de bon ton de ne plus dire Théâtre des Champs Elysées, mais T.C.E. Moi, je prends mon temps.

L'hommage à Liszt à l'entrée de la Villa d'Este

Les fameux "Jeux d'eau"
-Photos Sylgazette -

Ca, c'est de la parodie !

A la base, le chef-d’œuvre de Mankiewicz (et Shakespeare, aussi) Jules César, avec Marlon Brando.


CESAR CSI par mozinor

Mes musiques de chevet : Rameau | Marcelle Meyer

Pas évident de jouer Rameau (ou Couperin, entre autres Maîtres du grand Siècle) sur piano "moderne".
Marcelle Meyer (1897-1958) réhabilita le grand musicien : c'est elle qui fit découvrir cette musique indémodable parce qu'éternelle : personne ne le jouait plus, alors.
Alexandre Tharaud ne cache pas qu'il s'est largement inspiré de la grande pianiste française.
Même si j'ai écouté mille fois sa version, excellente, je suis toujours sous le charme de la version "originale".
C'est enregistré en 1953.
Il faut de bonnes enceintes ou un excellent casque :

lundi 28 novembre 2011

Oh, pour l'hôtel...

je chercherai plutôt quelque chose dans ce style dépouillé et grandiose à la fois.

dimanche 27 novembre 2011

The Artist : chapeau !

Il était temps que j'aille le voir, celui-là : plus que trois salles à Paris.
Celle, la 8, de l'UGC Georges V, un peu plus grande que mon salon, est pleine à craquer en ce samedi où la "plus belle avenue du monde" est noire de monde ; on essaie de fendre la foule qui s'y presse pour voir les illuminations (réussies et, nous dit-on, hautement écologiques), faire des achats en prévision des fêtes ou (150 mètres de file d'attente !) tenter une incursion dans le nouveau Mark's and Spencer des Champs : la marque d'outre-Manche fait en effet un retour en fanfare dans la capitale, après un départ peu glorieux il y a quelques années, qui laissa quelques employés sur le carreau, et une clientèle ultra-chic désemparée (on y comptait même quelques dandys socialistes...) en pénurie, désormais, de Cheddar authentique et Cottage Cheese délicieusement granuleux.

The Artist, de Serge Hazanavicius (tiens, je l'écris du premier coup !) restera sans doute comme le film le plus malin de la décennie : le matois Thomas Langmann doit se frotter les mains d'avoir pu donner naissance à ce film conceptuel qui n'aura aucun mal à faire une carrière internationale ; on sait d'ailleurs qu'il a su conquérir de l'autre côté de l'Atlantique, en sérieux candidat aux Oscar (R).
On s'est battu à Télérama (une critique "pour" et une critique "contre") que je relis pour le coup, après avoir le film : mon opinion se situe entre la louange excessive et l'anathème snobinard, tendant tout de même davantage vers un avis positif.
Certes, on pourra reprocher au film (et de ma part, c'est un comble !) son manque d'américanité (néologisme qui me vient comme ça), tant Dujardin -ce n'est pas un reproche- symbolise LE français dans toutes ses splendeurs et petitesses (dans OSS 117, il se transcende !).
On peut dire aussi qu'il est "trop parfait" (puisqu'on met des "trop" partout de nos jours !), mais au vrai sens du terme.
Les spectateurs du Festival de Cannes ont dû se dire "ah, voilà le Prix d'interprétation masculine !", prix qu'il aura tout fait pour mériter car oui, il "assure" de bout en bout, en grand professionnel ; comme le "méchant" critique de Télérama, j'ai été moins convaincu par les passages dramatiques où l'on n'a pas su m'émouvoir, moi dont les yeux s'embuent si facilement au cinoche.
Mis à part cela, pour les amoureux du cinéma, c'est un festival de clins d’œil et de références en feu d'artifice permanent : bonjour "Singin in the rain", hommage à Chaplin, au Wilder de "Sunset Boulevard", à Cecil B. De Mille (le "réalisateur" du film "dansant" me fait penser à lui, ou a Lubitsch, à qui vous voudrez, à qui vous aimez en fait).
The Artist offre aussi une impeccable reconstitution de l'ambiance particulière des grands films du "muet" : intertitres, photographie en noir et blanc à l'identique, jeu des acteurs de l'époque, on y est !
L'hommage est aussi dans la bande originale due à Ludovic Bource qui "recrée" une musique d'époque d'une belle facture, utilisant avec beaucoup de maîtrise les ressources de l'orchestre symphonique.
On entend aussi, ce qui doit forcer à l'humilité, le chef-d’œuvre de l'immense Bernard Herrmann composé pour "La mort aux trousses", et, malheureusement pour le jeune compositeur, c'est ce thème-là qui nous trotte dans la tête dans les heures qui suivent la projection.
Pour revenir à la distribution, Bérénice Béjo (Béjo ajouterait Dario Moreno !) est épatante dans le rôle féminin principal ; quant à James Crowell (Clifton, le majordome), il est tout bonnement exceptionnel !
The Artist, film muet, dans une salle bondée qui retient son souffle, ses mastications et autres raclements de gorge toute la projection durant, ce n'est pas un mince exploit !

Bérénice Béjo dans ce qui est pour moi la plus belle scène du film.

samedi 26 novembre 2011

Reposez en paix, Madame.

Afp/Miguel Medina

Reuters/Robert Pratta

De l'importance des déjeuners entre amis

B. m'a rapporté de Cannes de la tapenade, du caviar d'aubergine et de l'huile d'olive de haute qualité.
Un pastis Bardouin pour goûter la tapenade, entre nous c'est de tradition.
Pour tel autre ce sera plutôt un Spritz, et pour les gamins... du Coca !
On parle de la vie, de nos métiers, des gens qu'on aime qui seraient bien contents d'entendre tout le bien qu'on peut dire d'eux, et combien on regrette qu'ils ne soient associés à nos agapes en ce vendredi tout gris que nous savons ensoleiller.
On écoute Fauré, Vivaldi en hommage à un baroqueux ami, et la sélection du mois de Diapason, toujours féconde et propice à la consommation de CD.
Lundi, nous irons au Théâtre des Champs Elysées écouter l'excellent Chamayou dans les Années de Pèlerinage de Liszt, que j'ai offertes récemment à un impudent qui n'a pas daigné encore les écouter.
Chef-d’œuvre absolu, pourtant.
J'ai acquis (à prix "parisien", donc prohibitif) d'excellentes saucisses fraîches que j'ai fait revenir doucement à la poêle.
Je les accompagne d'un aligot roboratif de saison.
Avec voracité, on s'envoie, pour terminer, une bonne part de Roquefort.
Après le café, l'ami B. part vers ses obligations.
Sieste avant de me taper un peu d'administratif pour l'école (salaires, prélèvements, charges sociales et tout le toutim).
Le soir, après un cours avec d'excellents élèves, je redescendrai au Caveau que je ne quitte guère en ce moment.
Il y a des existences moins enviables.

L'aligot : pommes de terre, tome fraîche, un soupçon d'ail...

vendredi 25 novembre 2011

Ecouter des chansons italiennes sans ordonnance

Il y aura, la semaine prochaine, des parfums d'Italie sur Arte.
Tout d'abord, si vous vous intéressez (ou non, d'ailleurs) à l'exercice du pouvoir, le très bon film de Paolo Sorrentino, "Il Divo" sur Giulio Andreotti (prodigieux acteur que Toni Servillo !), qui battit le record de longévité politique, traversa stoïquement périodes noires et scandales sans que rien ne semblât l'atteindre.
Un très grand moment que ce portrait sans concession de ce personnage peu sympathique.
Le problème étant que notre "chaîne culturelle" diffuse ses films de début de soirée en version doublée !
(Lundi 28 à 20h40)

150 ans d'histoire de l'Italie, ça, c'est passionnant !
Première partie mercredi 30 du documentaire de d'Enrico Cerasuolo intitulé "De Garibaldi à Berlusconi".
Je ne sais plus si je joue ce soir-là ; dans ce cas, je l'enregistrerais.



 Il Divo (ou l'art de la manipulation)

Quand tout va mal ou trop bien (car on peut souffrir d'aller trop bien, je le prétends en connaissance de cause, si !), une petite cure de chanson italienne est une auto-médication salutaire.
Toujours sur Arte (jeudi 1er décembre à 22 h 40), un documentaire d'Emmanuelle Nobécourt nous conte l'histoire de ce sens inné de la mélodie et du beau chant de nos voisins transalpins, depuis l'origine, à Naples, jusqu'aux grands noms de la "canzone" des années 70 (Battisti, Celentano, Modugno, Ranieri...).
Si Mina n'y est pas, je jette ma télé.

Tiens, cette chanson "tube" des années 60,  allez, c'est pour toi :

jeudi 24 novembre 2011

Ca fait pas un pli !

Dans un billet précédent, j'écrivais ceci : "Pour revenir à ma gaucherie, mes amis s'amusent depuis des années de mon inaptitude à plier correctement mes pulls, chemises et autres t'shirt : il n'y a plus rien à faire, je crois."
Un vieil ami attentif m'a envoyé ceci :


Merci Eric !

mardi 22 novembre 2011

Je vous aimais tant...

Tadaa !

Aujourd'hui trois publications ci-dessous.
C'est bien parce qu'on est mardi.

De l'usage du concerto pour piano et orchestre en milieu favorable

Les pianistes ont toujours "leur" concerto préféré.
Chez Mozart, quand on les interroge, c'est le plus souvent celui-ci, le 24ème, qui emporte la majorité des suffrages.
Je l'aime beaucoup ; mais aussi le 9ème, dit "Jeune homme" ou encore le 15ème pour son final hyper groovy que j'ai inséré ici il y a peu.
Pour Beethoven, si je les aime tous les cinq, c'est le 4ème qui, avec son premier mouvement "révolutionnaire" parce que lent, me touche le plus, d'autant qu'il est suivi d'un mouvement "tragique" à vous glacer le sang : quand on connait le quotidien de Ludwig à l'époque où il le composa, on comprend mieux.
Je m'arrête là pour aujourd'hui, mais reviendrai sur les autres compositeurs.

Le 24ème de Mozart par Previn avec l'orchestre de la NHK dans le IIIème mouvement  : je ne pense pas que l'Allegretto de l'époque soit aussi vif qu'ici ; je l'aurais préféré un chouïa plus lent (et Previn se plante dans un trait de double-croches, trouvez-le, tiens !) :




Et alors, là, le top !
"Mon" 4ème de Beethoven par Rubinstein !
The greatest, the best, le pianiste au visage marmoréen qui aimait tant déconner dans la vie, la captation que je cherche depuis si longtemps !
Vu 1468 fois : qu'est-ce qui leur faut, aux youtubéens, un décrassage d'oreilles, une révision des neurones, une bombe atomique ?



Et il y a tout le concerto en tapant (c'est simple) : ARTHUR RUBINSTEIN SPIELT BEETHOVEN - KONZERT FÜR KLAVIER UND ORCHESTER No.4 G DUR

Ce qui est dommage...

... c'est qu'il y ait toujours 5000 personnes autour.

J'ai deux mains droites, non, gauches, non, droites en fait !

C'est à peu près la seule chose -ça, là, à gauche !- que je sache faire de mes dix doigts.
L'ami S. le sait bien, que j'appelle à la rescousse,  chaque fois que j'ai des velléités de bricolage.
C'est récurrent : j'arrive tout de même à comprendre que je vais commettre l'irrémédiable, et j'appelle S. qui arrive tel SOS Dépannage (l'arnaque en moins) après m'avoir dit au téléphone : "Surtout, ne touche plus à rien, attends-moi !".
Quand je dis "j'ai deux mains gauches", j'aimerais que ce soit vrai puisque je suis gaucher.
Pour être logique, je devrais donc dire que... j'ai deux mains droites.
S. s'est beaucoup amusé, récemment, de me voir entreprendre de confectionner des paquets-cadeaux.
J'étais paniqué : j'avais acheté un fort beau papier en imitation de cuir chez Gibert, boulevard Saint-Michel.
Certes, j'étais très prudent du coup, mais ne serais jamais parvenu à mes fins sans la présence bienveillante de S. ; sans lui, j'y serais encore.

Il y a des périodes -c'est par vagues- où les objets m'en veulent terriblement, m'échappant des mains à la première occasion, où ils semblent attirés par le sol, comme aimantés.
J'ai alors la même réflexion hautement philosophique que mère et grand-mère ( je fus surpris de l'entendre tout récemment d'un tout jeune homme !) : "ça n'ira pas plus bas".
Dans ces périodes néfastes, il y a toujours un verre ou autre objet fragile pour se trouver là au mauvais moment, quand le lave-linge s'ébroue en sa phase "essorage"  s'éparpillant alors en mille morceaux sur le carrelage.

Pour revenir à ma gaucherie, mes amis s'amusent depuis des années de mon inaptitude à plier correctement mes pulls, chemises et autres t'shirt : il n'y a plus rien à faire, je crois.
Dans le temps, pourtant, un ami avait fait assaut de patience et donné des cours de pliage de pulls.
Il avait fini par baisser les bras.
A chaque occasion, je lui demandais : "dis tu veux bien me plier ce pull, dis ?".
C'est pratique.

Je m'amusais du billet d'un ami, blogueur également, qui disait le malaise qui le saisit chaque fois qu'il doit acheter du papier-toilette.
Parce que j'en ai pris conscience que j'ai du mal également, non pas pour acheter le produit, ni même passer à la caisse avec : non, c'est après que ça se corse pour moi, car il faut aller par les rues du quartier avec le volumineux paquet qui n'entre jamais dans le sac du Monop', en dépassant ostensiblement, le sac étant toujours transparent, évidemment, car le monde entier doit savoir ce que vous avez acheté !
Maintenant, quand j'ai des achats "discrets" à faire, je n'oublie plus de prendre le grand sac vert "réutilisable" ou, pour de menus achats, un sac en papier de chez ouatèlsse.

Merci d'avoir lu ce billet essentiel.

lundi 21 novembre 2011

Groove (tugudu tugudu !)

Io t'abbbracio (je t'embrasse)



Io t'abbraccio.
E più che morte, aspro e forte,
è pel cor mio questo addio,
che il tuo sen dal mio divide.
Ah mia vita!
Ah mio tesoro! se non moro,
è più tiranno quell'affanno,
che dà morte, e non uccide.

dimanche 20 novembre 2011

Poulets, maires et babas très cool


Mon ami F., qui suit assidûment cette gazette en son exil, déplore que je ne publie pas plus souvent de longs billets.
Je me dis parfois que mes considérations sur la société actuelle, la crise, la vie politique n'auront quelque écho qu'en des oreilles amicales bienveillantes à mon égard.
Un autre ami, accaparé par un labeur qui doit le conduire à un destin "sûr", lui, m'avoue "parcourir" mes écrits : sa sagacité lui en fera retirer, je n'en doute pas, la quintessence, pour peu qu'il y en ait une : ça dépend des jours, des humeurs de l'auteur et du lecteur ; ça tient en si peu de choses, finalement.
Voici donc, tout de même, quelques futilités que l'on pourra "parcourir" sans vergogne.

Poulet dominical
C'était, du temps de mon enfance à Antibes, quand les finances familiales étaient au beau fixe, une fête du dimanche : le poulet soigneusement rôti que ma mère accompagnait de pommes de terre Agatha croustillantes et fondantes à la fois.
C'était un temps où le poulet était un mets réservé aux bourgeois : on n'avait pas encore inventé le poulet aux hormones qui finit par envahir les tablées prolétaires, et encore moins les escalopes, cuisses et filets de volailles en barquette de polystyrène, pas plus que les labels rouges et autres estampilles destinées à certifier l'origine de la bête.
J'ai, par instinct, repris cette tradition depuis quelques mois, car j'ai trouvé sur le marché du Boulevard d'Ornano, un éleveur du pays d'Auge qui vient à Paris vendre sa production chaque dimanche.
Le parfum qui s'échappait de son étal était d'une toute autre saveur que celui qui émanait des boucheries environnantes.
Même quand je déjeune seul, le monsieur au visage rougeaud sous les cheveux blancs m'en dégotte toujours un petitou pour satisfaire mon envie du jour : un poulet "fermier", ça va de soi, appellation qui n'existait pas à l'époque sus-évoquée, car tous provenaient de Bresse et il fallait les commander à l'avance.

Petits babas Noël
Une amie m'a offert une gourmandise incroyable, et là, je sais qu'on va s'arrêter de "parcourir" : ce sont des petits babas baignant, en leur bocal de verre, dans un rhum de fort bon tonneau.
A la cuiller, avec une boule de glace à la vanille, c'est délicieux !
Je ne vois pas pourquoi l'un de mes amis me définit comme étant un "dandy socialiste"...

Toujours en représentation
Il ne faut pas être malade en novembre et décembre quand on joue au Caveau de la République (je me suis fait vacciner contre la grippe) ; c'est à cette période que la fête bat son plein : jusqu'au 31 décembre, les représentations se succèdent à vive cadence.
Cette semaine, pas le temps de souffler : avec le Congrès annuel de l'Association des Maires de France, nous sommes envahis par les édiles de la nation dès demain lundi, nos élus désirant faire une cure de rire à l'issue de journées studieuses : on ne sait pas si, cette année, le président de la République et le guilleret Fillon auront droit aux sifflets qui les ont accueillis l'an dernier, suite à la loi sur les collectivités locales et à la suppression de la taxe locale...
Bref, cette semaine, pas moins de 8 représentations : grande forme requise.
C'est en décembre, avec les fêtes, que l'on donne le maximum.
Dès le 1er janvier, vitesse de croisière agréable à un méridional comme moi qui aime à vivre Paris à un rythme "allegro ma non troppo".

Scoop !
Je ne voterai pas pour Nicolas Sarkozy en 2012.
Comme en 2007, quoi.

vendredi 18 novembre 2011

jeudi 17 novembre 2011


Aujourd'hui,
rien.

Et oui, ça arrive : j'ai eu une grosse journée hier.

mercredi 16 novembre 2011

Quel dressing fallait-il !


Impossible de l'oublier, celle-là : elle passait en boucle à la radio ; j'ai vécu presque tout l'été (75) la jambe dans le plâtre ; quand je suis rentré de clinique et qu'on m'a installé au piano, j'ai fondu en larmes : trois semaines sans jouer, un calvaire !

mardi 15 novembre 2011

La magie subsiste

Je "tournais" alors, de premières parties de vedettes en concerts improbables.
Cette chanson a marqué cet été-là et reste éminemment "moderne" :

Diverses et (a)variées

Gourmandises
La mode est aux queues d'écrevisses.
Ce qui était autrefois un mets rare et précieux se trouve aujourd'hui à des prix abordables, si tant est qu'il y ait de nos jours des produits "abordables".
L'ami Geoffroy m'en a préparé hier en un plat de linguine (pâtes longue, fines et plates de De Cecco, les meilleures au monde) en sauce safranée.
Ce diable d'homme est également capable de concocter une salade de pâtes aux aurores pour l'artiste dont il est le factotum : dans le TGV qui les emmène en un lointain gala, ils pourront ainsi éviter la bouffe insipide que l'on sert à une clientèle captive.
Pour son ouanemancho du soir, grâce à ces sucres lents, notre humoriste sera en pleine forme ; d'autant que, rituellement, il s'impose une discipline physique de centurion avant chaque spectacle.
Fin de la rubrique "potins du show bizness".



Tu es mon Berger, ô seigneur !
Excellent documentaire, hier, à la télévision, sur Michel Berger, auteur-compositeur-interprète prématurément disparu en 1992 à l'âge de 44 ans.
J'avoue que, ces temps derniers, je manifestais une certaine indifférence à cette personnalité ; au point que des proches m'abreuvèrent de ses œuvres  pour me permettre de constater ma bévue.
Mea Culpa, donc : le document présenté hier permettait d'apprécier l'apport considérable de cet artiste, musicien avant tout, à la chanson française.
Il y a peu de "mauvais" dans cette œuvre pourtant pléthorique, et l'on pouvait constater, hier soir, à quel point le musicien a marqué de son sceau nos années 80, en chanteur (peu charismatique, il est vrai) mais aussi en fournisseur de "tubes" pour diverses stars, dont, au premier chef, sa compagne France Gall après qu'il eût permis la révélation de Véronique Sanson dès les années 70 : je disais hier à mon co-spectateur combien "Besoin de personne" avait été un choc pour moi, jeune musicien alors, dès la première écoute.
J'avais le tort de penser que les orchestrations ne "tenaient pas la distance" ; or, si cela est vrai pour la plupart des prestations scéniques, les enregistrements en studio supportent très bien les avanies du temps.
Le choix des interprètes, ou les interprètes faisant le choix d'inclure à leur répertoire des chansons de Berger, réservaient quelques surprises : si Balavoine lançait un magnifique SOS, j'étais atterré par le massacre de "Diego, libre dans sa tête", superbe chanson exécutée (c'est le mot !) en live par Johnny : on en riait ou s'en désolait, au choix.
Il y a même de véritables chefs-d’œuvre dans cette production d'envergure : "Cézanne peint" en est un, mal servi sur scène, mais toujours aussi magique dans sa version studio.
Bref, je me flagelle d'avoir méprisé quelque peu (sans excès toutefois), ou plus précisément "oublié" ce très grand talent.
Je le ferai plus, promis.

Enseignements
Je ne sais plus si j'en ai déjà parlé ici : cette année, j'ai tenu à prendre en charge une classe de "petits débutants" (de 8 à 10 ans).
C'est nettement plus difficile que de faire travailler Chopin ou Prokofiev à des élèves avancés.
C'est aussi une lourde responsabilité pour le professeur : il faut être vigilant en permanence car les défauts contractés à cet âge sont rédhibitoires à mon sens.
Je dois aussi veiller à la concentration : ainsi, je ne peux m'empêcher de les faire rire, mais dois aussitôt redresser la situation sans paraître d'humeur cyclothymique, exercice périlleux s'il en est ; je dois aussi veiller à l'unité du groupe : quand l'une rêvasse, le garçon (le plus jeune) a des envies de double-salto peu compatibles avec l'attention requise.
J'y parviens néanmoins, mais tous les lundis, ce cours me laisse épuisé... et heureux ! 

lundi 14 novembre 2011

Du soleil pour vos débuts de journée

C'est imparable : vous vous levez un peu chiffonné ? Vous vous sentez inapte à quoi que ce soit ?
Voilà de quoi enluminer vos matins tristounets : c'est en tout cas ma thérapie; ce mouvement du 15è Concerto de Mozart ravive les couleurs du temps, aplanit les difficultés de la vie, les chagrins, les mauvaises vibrations.
Ici, c'est la version Brendel/Marriner de 1982, et, en cadeau bonus, on peut même s'amuser avec la partition !


Le saviez-vous ?

Pour réussir des pâtes "alla carbonara", on utilise du "pecorino romano" à l'exclusion de tout autre fromage ; avec du "parmesan" ? Ah, ah, ah, je pouffe ! Et puis quoi encore ?
Si vous voulez utiliser de la crème fraîche et de l'emmental, du jambon, prenez garde à l'instant du jugement dernier !

Celui-ci provient d'une échoppe de la via Cavour.
On en trouve en Gaule chez les traiteurs italiens... à prix d'or !
- Photo exclusive SylGazette -

samedi 12 novembre 2011

Conseil du jour

Si vous êtes d'humeur morose, 
n'écoutez pas le "Requiem allemand" 
de Brahms.

50è anniversaire

Hallucination !

Hier :

vendredi 11 novembre 2011

11 novembre

Trois films à voir pour apprendre et comprendre la grande boucherie que fut la guerre de 1914-1918 :



jeudi 10 novembre 2011

Polymorphisme

En France, contrairement aux Etats Unis, dit-on, c'est suspect : enseigner (et jouer tant bien que mal, il est vrai) Bach, Schumann et autres, faire le clown en théâtres d'humour, avoir été Disc-Jockey, animateur radio, chanteur de variétés, avoir des velléités littéraires, ça fait beaucoup pour un seul homme et une seule vie.
Il n'y a guère que mes vrai(e)s ami(e)s pour regarder ça avec bienveillance (indulgence ?).
Il y a une expression qui met un coup de tampon là-dessus : "c'est un touche-à-tout" ; quelquefois on ajoute (je ne me crois pas concerné) "de talent", ou, pour un Cocteau, "de génie".
Va pour "touche-à-tout" s'il le faut.
Manquerait plus que je me mette à rédiger un blog.

Gaspard Proust à Gaveau, une tornade,

 tornade intellectuelle s'entend, car on ne peut dire que l'artiste use et abuse des ficelles de rigueur en matière de "homme seul en scène" ("one man show" pour les anglo-saxons ou voulant l'être) : ici, pas de sono gueularde et de musique racoleuse pour que le public batte des mains, pas d'entrée en scène spectaculaire (c'est le moins qu'on puisse dire !) pas de rappels et une sortie toute aussi discrète sous les yeux d'un public conquis définitivement.
Ici, que l'on soit coiffeuse-vendeuse ou écrivain-star (il y en avait), on se prend quelques volées de bois vert bien senties, on est prié de pratiquer l'auto-dérision, et si ça plait pas, on viendra plus, e basta !
G.Proust prétend faire, c'est une sorte de pacte, une ambiguïté soigneusement entretenue, un spectacle "de droite" qui n'épargne certes pas F.Hollande ou, surtout, son ex-compagne, mais tacle aussi Sarko et dézingue sa patronne, à savoir la gracieuse Angela Merkel.
Mais la politique a finalement peu de place dans cette avalanche de coups portés sur les religions, les femmes (ah, la misogynie affichée de ce beau garçon, de nature à exciter ces dames !), l'occupation, la résistance, le sexe (la chair est si triste !), le communisme, le capitalisme...
Il y a grain à moudre pour chacun dans cette suite de saillies (tiens, comme ce mot lui va bien au teint !) qui déclenchent le fou-rire, même lorsque l'on déclame (en allemand, bien sûr) un extrait du Tristan de Wagner, quand on évoque l'attitude de Talleyrand au Congrès de Vienne (c'est pas chez Eric et Ramzy et consorts qu'on entendrait ça !) ou l'invasion de la Pologne et qu'on se permet tout sur tout, tout simplement, mais pas si simplement que ça puisque les textes sont ciselés en orfèvre par un garçon venu d'ailleurs qui donne là une sacrée leçon de langue française.
Car, voyez-vous, l'homme a lu des livres et peut se permettre de rigoler de Deleuze (pour faire se masturber Télérama !), dénonce, mine de rien, l'abominable procès fait, en son temps, au Baudelaire des "Fleurs du mal", ou de railler la littérature de pacotille de Marc Lévy.
Comme on sait, ou du moins ça commence à se savoir, que Gaspard est aussi un fou de musique, au point que Radio Classique et France Musique le reçoivent en initié (5 ou 6000 disques à la maison, n'en jetez plus !), on comprendra que la salle mythique qui accueillit les plus grands noms de l'histoire de la musique du XXè et XXIè siècles (Horowitz, Cziffra, Richter, Casals, Menuhin et cent autres) lui aille si bien.
Gaveau n'a pourtant rien, de par sa configuration, pour accueillir un spectacle "comique"; on constate qu'elle est bondée tous les soirs par 1000 spectateurs qu'il estoque de son fleuret pas moucheté alors que G.Proust vient de se payer le luxe de remplir le Théâtre du Rond Point un mois durant : c'est un bon salaire que cet engouement d'un public composé de trentenaires, d'étudiants (plutôt Sciences Po.), de gauchistes et de droitiers, de gens lassés, en résumé, de l'humour consensuel des "performeurs" (néologisme venu de l'anglais "performer"), de spectateurs auxquels il est simplement demandé de réfléchir plus loin que le bout de leur Gerra, quoi.
Le cerveau en perpétuel bouillonnement de l'artiste (le stylo et le bloc-notes toujours à portée de main, de sorte que le spectacle n'est pas le même d'un soir à l'autre), le don infini d'observation de notre société malade, le manque d'a-priori sur qui et quoi que ce soit, suffisent à expliquer un succès plus que mérité.
Chapeau !

Chronique mondaine : dans la loge, hier soir, les propriétaires des lieux Chantal et Jean-Marie Fournier, médusés par le succès et l'affluence dans leur chère salle Gaveau ; nous nous connaissons depuis mes lointaines études pianistiques : le père de Jean-Marie, homme charmant et cultivé, fut mon directeur, autrefois, sur la Côte ; nous en avons gardé quelques liens.
Sinon, il y avait Patrick Bruel (je n'ai pas crié !), très gentil, et Liane Foly, adorable, ainsi que Laurent Ruquier venu soutenir une nouvelle fois son "poulain".
Je m'en voudrais de ne pas citer Corinne, caissière, et Camille, régisseur, du Gaveau Caveau de la République (celle-là, je la fais depuis plus de 10 ans, je sais, je sais, mais là, hein !?).

Par effraction


 Le beau gosse à la voix d'outre-tombe, ci-devant Ministre des Phynances devrait utiliser son bel organe vocal à autre chose qu'à dire des conneries.
Que son copain Copé lui emboîte le pas de sa voix de fausset n'étonnera personne.

"La tristitude", c'est wouh !

Vraiment drôle ; j'aime :

mercredi 9 novembre 2011

Ce soir

Ce qui est bien avec lui, c'est que ce n'est jamais pareil.

A toute fin...

Julien Clerc, nouvel album : la déception

Je suis un fidèle de Julien Clerc depuis tant d'années !
Que de grandes chansons au fil d'une carrière exemplaire : pour lui, ce n'est pas  une liste de 20 ou 30 "grands" titres que l'on peut dresser, mais une brassée de belles chansons parmi lesquelles quelques vrais chefs-d’œuvre.
Avec "Fou, peut-être", son dernier opus, on cherchera vainement la moindre pépite.
C'est "pro", froid, sans que jamais la moindre émotion ne vienne vous saisir au détour d'une plage, quand, dans le précédent album, on pouvait se laisser submerger par "Restons amants" ou "Déranger les pierres" ; quand, dans l'avant-dernier, "Une vie de rien" vous embarquait d'emblée.
Ici, on garde la désagréable impression que le chanteur a "fait le job", s'appliquant (trop ?) à coller des mélodies sur les textes sollicités (!) auprès d'Alex Beaupin, Julien Doré et autres auteurs "tendance" (qui ont bien du talent, par ailleurs).
Même la chanson écrite avec Maxime Le Forestier, laquelle donne son nom au disque, nous déçoit de la part de ces deux complices qui écrivirent dans le passé de si jolies pages.
Surnage la chanson écrite avec le toujours jeune Aznavour, intitulée "Les souvenirs" :

Les souvenirs
Sont un peu comme ces voyages
Que l'on fait seul et sans partage
Au fil des ans, au fil des âges...

Vocalement, ça tient la route ; mélodiquement, ce grand mélodiste s'auto-parodie à longueur de sillons, nous rappelant -involontairement sans doute- beaucoup de ses anciennes partitions.
Quant aux arrangements, là où, précédemment, Biolay s'amusait avec l'instrumentarium mis à sa disposition, on reste pantois devant l'utilisation de l'orchestre symphonique qui nous ferait plutôt penser à un ensemble de synthétiseurs !
On pourra donc faire l'impasse sur ce mauvais pas (que Télérama trouve superbe !), réécouter à loisir la riche production précédente, aller le voir en concert (en tournée partout en 2012), car Julien sur scène, c'est toujours bien, et continuer de rêver d'Ivanovitch.

mardi 8 novembre 2011

Fou lou lou, ça c'est beau !

Enième vision, hier soir.
En HD (Blu-ray) sur le grand écran, c'est absolument magique.
Exemples :


Problème dans le métro parisien

- Via Vanina -

Chopin, oui, mais Chopin !

Hier, discutant électroniquement avec un ami sur l'interprétation du Nocturne op.48 n°1 de Frédéric Chopin, je déplorais in petto de ne pouvoir étayer ma démonstration devant un piano pour expliquer au mieux mon attitude.
Je déteste ce que certains pianistes ont fait subir à la musique du grand polonais : sous prétexte que le compositeur fut l'un des porte-flambeaux du romantisme, on s'est laissé aller à des interprétations grandiloquentes qui font un sort injuste à des pages d'orfèvrerie, à des textes où tout est expliqué à la virgule près.
Le "rubato" caractéristique de Chopin, cette façon de retenir son souffle qui n'appartient qu'à lui a été, bien trop souvent, surinterprété, donnant lieu à d'incroyables ralentis qui pourraient donner à penser que le musicien se fichait de la rythmique comme d'une guigne, alors que ce compositeur "de profession" n'aurait su balayer la rigueur de son écriture.
On a, au fil des décennies, recueilli force témoignages sur le "pianisme" de Chopin, qui fut un "grand" soliste, se produisant peu dans de grandes salles auxquelles il préférait l'intimité des salons.
On sait maintenant que son jeu était d'une infinie délicatesse, certes, mais qu'il savait communiquer les bouillonnements intérieurs qui l'animaient : patriotisme et références au folklore polonais émaillent son œuvre.
On ne peut l'ignorer, et vouloir en faire un poète -c'en est un aussi- pleurnichard est d'une totale injustice.
Avant Chopin, il y eut Beethoven, qui fut, à mon sens, à la fois le dernier "classique" et le premier "romantique".
La filiation était inévitable.
Foin, donc, de ces interprétations marshmallow : réécoutons Rubinstein, le Cortot des bons jours, mon cher Samson et, dans les "jeunes", Lugansky ou Yundi Li (j'en oublie, et non des moindres, qu'ils me pardonnent).
A titre de contre-exemple, c'est à dire, à mon avis, de ce qu'il ne faut pas faire, l'interprétation qui suit du Nocturne posthume en Ut # mineur, celui qu'on entend, magnifiquement joué, dans le film de Roman Polansky "Le pianiste".
Je prends un risque en l'occurence, ce jeune pianiste étant l'ami d'une amie : j'avais mis un commentaire assez critique bien que mesuré sur youtube qui fut prestement enlevé !
Quand on n'accepte pas la critique...



Voici maintenant la version du grand Aldo Ciccolini -auquel je dois ma première vraie émotion de concert-, un vieil enregistrement des années 70 je pense.
Quel beau son et quelle belle humilité !
Savourez :



Enfin, l'interprétation de Wladyslaw Szpilman, celui-là même qui inspira le personnage principal du "Pianiste" : l'image est de mauvaise qualité (fermez les yeux si vous voulez), il y a une ou deux erreurs, des bruits intempestifs, le piano a un son un peu grêle qui ressemble à celui de mon Grotrian et qui va bien à Frédéric C., mais le pianiste n'a pas besoin de jouer les romantiques énamourés en ondulant sur la banquette : il joue Chopin ; avec sim-pli-ci-té.
Eh bien, c'est la version que je préfère :

lundi 7 novembre 2011

Dédicace : "con molto sentimento"

Un soir, un spectacle

Depuis plusieurs années, je "réside" au Caveau de la République.
J'avais perdu l'habitude de l'ambiance des tournées en province, dans ces salles souvent polyvalentes où se croisent à longueur de saison spectacles "seul(e) en scène", pièces de théâtre (de boulevard, souvent) et concerts de musiques variées et quelquefois (souvent ?) avariées.
Vendredi soir, le Caveau avait baissé le rideau : toute l'équipe se déplaçait à Chateaudun, en terre de Beauce, pour une représentation exceptionnelle à l'Espace André Malraux.
Le ministre de la culture du général a donné son nom à moult théâtres et MJC de France et de Navarre ; sans nul doute, dans quelques années, verra-t-on fleurir des "Espaces Jack Lang", car le sémillant ministre de François Mitterrand laisse une trace bien visible dans le paysage culturel de l'hexagone ; il faut dire que ses successeurs... n'est-ce-pas ?
Point de minibus et de semi-remorques pour véhiculer notre petite troupe vers l'orléanais territoire : deux voitures confortables suffirent.
Petite répétition et réglages son et lumière (une "balance" en jargon professionnel) à cinq heures, puis repas au Pastoureau, joli restaurant gastronomique* où nous fîmes -raisonnablement tout de même- bombance avant le spectacle ; oui, avant, car il était décidé que nous regagnerions Paris à l'issue de la représentation.
Celle-ci se déroula le mieux du monde devant une salle archi comble, des rangées de sièges ayant même été rajoutées pour satisfaire la demande.
Pour cette "sortie en surface", nous nous sommes tous surpassés pour un public généreux ne ménageant pas ses applaudissements entre deux éclats de rire.
J'ai adoré officier en M.Loyal-pianiste, chargé de faire le lien entre deux artistes ou d'en accompagner certains.
Sur la brèche avec moi : Frédéric Fromet, Tony Saint-Laurent (que je présente au public comme étant le fils naturel d'Yves Saint-Laurent et de... Pierre Bergé), Lobo et Mie, et, en vedette, notre cher Paul Adam qui reçut un vrai triomphe.
Grande salle, très bonne sono, jolis éclairages : j'aime le Spectacle pour toujours.

Dans les loges, une gentille attention des "tourneurs", Jean-Claude et Jean, de "Nouvelle Scène".

Vue partielle de la salle pendant les répétitions

* On sert au Pastoureau un sublime baba-au-rhum entouré de crème Chantilly ; dans le gâteau est fichée une capsule de rhum que l'on presse pour en libérer le contenu.
La vie d'artiste a du bon.

dimanche 6 novembre 2011

Antibes meurtrie

La tempête a fait des ravages à la Salis, la plage de mon enfance.
La voici ce matin, désolée.
Photos de Christine Basso, qui fut élève-pianiste avec moi quand j'avais 10 ans.

La plage de la Salis ; au fond, le Cap d'Antibes

samedi 5 novembre 2011

Baume au coeur

L'album sort lundi 7 novembre.
Orchestre symphonique, cette voix toujours juste, affirmée, ce refus de vieillir, des auteurs de haut vol (Le Forestier, Alex Beaupain...).
Je me rue !

Loin de nos frivolités

vendredi 4 novembre 2011

Subjectivité du beau

 Je suis sensible à la peinture à ma manière, comme chacun de nous je crois.
Les spécialistes savent définir les matières, les lignes, les perspectives (concrètes ou de l'ordre de la pensée d'un auteur), le but, les conséquences espérées ou imprévues, la finalité d'une œuvre.
En ce domaine, je ne me fie qu'à l'émotion qu'elle va provoquer en moi.
Je n'aime, ici, qu'avec ma sensualité ; ainsi, je peux rejeter des maîtres reconnus et m'émerveiller de ce que d'autres considèrent comme trivial.
Dans une exposition récemment parcourue, je suis tombé en arrêt devant quatre petites toiles qui n'étaient, sans doute, pour leur auteur, qu'esquisses d’œuvres à venir ; peut-être même des "études".
Ce qui me fut surprenant, c'est qu'avant même de lire de tout près -car je suis très myope- le nom de l'artiste, et sans connaissances approfondies de l'art pictural, je me sentis en paysage familier.
Et pour cause : c'était le même auteur que celui qui signa les pochettes d'album les plus célèbres du grand Dave Brubeck dont Time Out qui contient les célébrissimes "Take five" et le "Blue rondo a la turk" en divin mouvement perpétuel.
L'artiste (1923-1994) s'appelait Sam Francis.
Dans l'exposition, on l'a intelligemment placé dans le voisinage de Nicolas de Staël.
J'étais comblé.

 - Sans titre | Sam Francis -

"La" pochette

En tête de billet, Sam Francis : "Out of white".
Et, ci-dessous, le rondo bleu :

Brahms : Quintette pour clarinette op. 115

Il faut évidemment écouter l’œuvre en entier.
Ceci n'est donc qu'une "mise en bouche", comme on dit dans les bons restaurants.
Enfin, je recommande l'enregistrement d'Alessandro Carbonare chez Harmonia Mundi.
En prime, vous avez le fameux quintette de Mozart.