Le journal de Sylvian Coudène.
Humeurs, humours, musiques, cinéma, et autres libertés provisoires.
"La gravité est le plaisir des sots"
(Alexandre Vialatte)

mardi 8 novembre 2011

Chopin, oui, mais Chopin !

Hier, discutant électroniquement avec un ami sur l'interprétation du Nocturne op.48 n°1 de Frédéric Chopin, je déplorais in petto de ne pouvoir étayer ma démonstration devant un piano pour expliquer au mieux mon attitude.
Je déteste ce que certains pianistes ont fait subir à la musique du grand polonais : sous prétexte que le compositeur fut l'un des porte-flambeaux du romantisme, on s'est laissé aller à des interprétations grandiloquentes qui font un sort injuste à des pages d'orfèvrerie, à des textes où tout est expliqué à la virgule près.
Le "rubato" caractéristique de Chopin, cette façon de retenir son souffle qui n'appartient qu'à lui a été, bien trop souvent, surinterprété, donnant lieu à d'incroyables ralentis qui pourraient donner à penser que le musicien se fichait de la rythmique comme d'une guigne, alors que ce compositeur "de profession" n'aurait su balayer la rigueur de son écriture.
On a, au fil des décennies, recueilli force témoignages sur le "pianisme" de Chopin, qui fut un "grand" soliste, se produisant peu dans de grandes salles auxquelles il préférait l'intimité des salons.
On sait maintenant que son jeu était d'une infinie délicatesse, certes, mais qu'il savait communiquer les bouillonnements intérieurs qui l'animaient : patriotisme et références au folklore polonais émaillent son œuvre.
On ne peut l'ignorer, et vouloir en faire un poète -c'en est un aussi- pleurnichard est d'une totale injustice.
Avant Chopin, il y eut Beethoven, qui fut, à mon sens, à la fois le dernier "classique" et le premier "romantique".
La filiation était inévitable.
Foin, donc, de ces interprétations marshmallow : réécoutons Rubinstein, le Cortot des bons jours, mon cher Samson et, dans les "jeunes", Lugansky ou Yundi Li (j'en oublie, et non des moindres, qu'ils me pardonnent).
A titre de contre-exemple, c'est à dire, à mon avis, de ce qu'il ne faut pas faire, l'interprétation qui suit du Nocturne posthume en Ut # mineur, celui qu'on entend, magnifiquement joué, dans le film de Roman Polansky "Le pianiste".
Je prends un risque en l'occurence, ce jeune pianiste étant l'ami d'une amie : j'avais mis un commentaire assez critique bien que mesuré sur youtube qui fut prestement enlevé !
Quand on n'accepte pas la critique...



Voici maintenant la version du grand Aldo Ciccolini -auquel je dois ma première vraie émotion de concert-, un vieil enregistrement des années 70 je pense.
Quel beau son et quelle belle humilité !
Savourez :



Enfin, l'interprétation de Wladyslaw Szpilman, celui-là même qui inspira le personnage principal du "Pianiste" : l'image est de mauvaise qualité (fermez les yeux si vous voulez), il y a une ou deux erreurs, des bruits intempestifs, le piano a un son un peu grêle qui ressemble à celui de mon Grotrian et qui va bien à Frédéric C., mais le pianiste n'a pas besoin de jouer les romantiques énamourés en ondulant sur la banquette : il joue Chopin ; avec sim-pli-ci-té.
Eh bien, c'est la version que je préfère :

4 commentaires:

Kynseker a dit…

Chez les jeunes, oui, Yundi Li. Mais ni Artz ni Ciccolini ne me convainquent ici.

J'en reste à ma chère Maria Joao Pires.

(et Yevgeny Sudbin dans le 13, ne vous en déplaise)

S. a dit…

Artz, si tu avais bien lu...
Ciccolini, c'est bien.

Pour le 13, essaie-donc aussi Richard Clayderman ! ;-D

Lanaive a dit…

Personnellement, après avoir joué Chopin d'une manière pleurnicharde à l'âge de 18 ans, le n'ai gardé depuis longtemps que quelques unes de ses oeuvres et je préfère la compagnie de Schumann, Schubert, Bhrams ou Beethoven.
Certains crieront certainement au scandale, mais peu importe!
Ciccolini a aussi évolué avec l'âge!

S. a dit…

@Lanaive : je vous comprends ; le piano peut-il se passer de Chopin, c'est la question que vous posez, en fait ?
Je pense qu'il lui a apporté beaucoup ; vous avez tout à fait le droit de le contourner, d'autant que tellement de pianistes l'ont parcouru...
Ce n'est pas moi qui crierai au scandale.
Quant à Ciccolini, il était à l'époque, étrangement, plus à l'aise avec Liszt : ses "années de pèlerinage" en témoignent.